La Comtesse de Ségur

 
 
 
Le Général Dourakine
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Mme Dérigny avait essayé de l'égayer, mais cette fois, elle avait échoué. Jacques avait fait sur la Russie quelques réflexions qui devaient être agréables au général, mais son front restait plissé, son regard était ennuyé et mécontent; enfin ses yeux se fermèrent, et il s'endormit, à la grande satisfaction de ses compagnons de route.

Les heures s'écoulaient lentement pour eux; le général Dourakine sommeillait toujours. Mme Dérigny se tenait près de lui dans une immobilité complète. En face étaient Jacques et Paul, qui ne dormaient pas et qui s'ennuyaient. Paul bâillait; Jacques étouffait avec sa main le bruit des bâillements de son frère. Mme Dérigny souriait et leur faisait des chut à voix basse. Paul voulut parler; les chut de Mme Dérigny et les efforts de Jacques, entremêlés de rires comprimés, devinrent si fréquents et si prononcés que le général s'éveilla.

«Quoi? qu'est-ce? dit-il. Pourquoi empêche-t-on cet enfant de parler? Pourquoi l'empêche-t-on de remuer?

Madame Dérigny: «Vous dormiez, général; j'avais peur qu'il ne vous éveillât.»

Le général: «Et quand je me serais éveillé, quel mal aurais-je ressenti? On me prend donc pour un tigre, pour un ogre? J'ai beau me faire doux comme un agneau, vous êtes tous frémissants et tremblants. Craindre quoi? Suis-je un monstre, un diable?»

Mme Dérigny regarda en souriant le général, dont les yeux brillaient d'une colère mal contenue:

Madame Dérigny: «Mon bon général, il est bien juste que nous vous tourmentions le moins possible, que nous respections votre sommeil.

Le général: «Laissez donc! je ne veux pas de tout cela, moi. Jacques, pourquoi empêchais-tu ton frère de parler?»

 

 

 

 

 

 

 

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