La Comtesse de Ségur

 
 
 
Le mauvais génie
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Julien se leva et courut de tous côtés sans retrouver la bête disparue. Il faisait tout à fait nuit quand il rentra; tout le monde était couché. Julien avait le coeur gros; il monta dans le petit grenier où il couchait. Une paillasse et une couverture formaient son mobilier; deux vieilles chemises et une paire de sabots étaient tout son avoir. Il se mit à genoux, tirant de son sein une petite croix en cuivre qui lui venait de sa mère.

«Mon bon Jésus, dit-il en la baisant, vous savez qu'il n'y a pas de ma faute si cette dinde n'est plus dans mon troupeau; faites qu'elle se retrouve, mon bon Jésus. Que la maîtresse et M. Bonard ne soient plus fâchés contre moi, et que Frédéric se souvienne que mes dindes y étaient toutes quand je les ai ramenées! Je suis seul, mon bon Jésus; je suis pauvre et orphelin, ne m'abandonnez pas; vous êtes mon père et mon ami, j'ai confiance en vous. Bonne sainte Vierge, soyez-moi une bonne mère, protégez-moi.»

Julien baisa encore son crucifix et se coucha; mais il ne s'endormit pas tout de suite; il s'affligeait de paraître négligent et ingrat envers les Bonard, qui avaient été bons pour lui, et qui l'avaient recueilli quand la mort de ses parents l'avait laissé seul au monde.

De plus, il était inquiet de la disparition de cette dinde; il ne pouvait s'expliquer ce qu'elle était devenue, et il avait peur qu'il n'en disparût d'autres de la même façon.

Le lendemain il fut levé des premiers; il ouvrit les poulaillers, il éveilla Frédéric, qui couchait dans un cabinet de la maison, et remplit d'eau les sceaux qui servaient à Mme Bonard pour les besoins du ménage.

 

 

 

 

 

 

 

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