La Comtesse de Ségur

 
 
 
Les deux nigauds
page 109

 

XV - LA POLICE CORRECTIONNELLE

Quelques jours après la visite d'Innocent, Mme Bonbeck sortait de table avec ses Polonais reconnaissants, ayant chacun sur le corps une belle chemise à carreaux lilas et bistre, lorsque Croquemitaine entra effarée, présentant d'une main tremblante un papier à sa maîtresse. Mme Bonbeck prit le papier avec empressement. Je parcourut, tapa du pied, laissa échapper un juron et, se tournant vers les Polonais:

— C'est une horreur! C'est une infamie! Mes pauvres amis! on vous traîne en police correctionnelle! on vous accuse d'avoir voulu assassiner Mme Courtemiche et son chien.

— Ha! ha! ha! répondit Boginski en riant; moi savoir ce ce que c'est. Ce n'est rien, pas de danger. Mme Courtemiche, vieille folle; son chien, méchante bête. Coz et moi avoir jeté chien par la fenêtre, puis Mme Courtemiche avec chien; voilà tout.

MADAME BONBECK. — Comment, voilà tout? Mais c'est énorme! Avec une femme furieuse qui veut plaider, vous serez condamnés à l'amende, à la prison.

BOGINSKI. — Eh bien, pas si mauvais! Amende, pas payer, pas d'argent; prison, pas bien grand malheur: gouvernement nourrit et couche. Pauvre Polonais habitués à mal coucher mal manger. Pas souvent rencontrer des Bonbeck, si bon, si Boginski termina sa phrase eh baisant avec attendrissement les mains ridées de sa bienfaitrice; qui éclata en sanglots.

MADAME BONBECK.-Mon pauvre garçon! hi! hi! hi! je suis désolée! hi! hi! hi! Il faut aller demain au tribunal; le juge d'instruction vous interrogera. Le papier dit que c'est à une heure, hi! hi! hi! J'irai avec vous, mon ami, je vous protégerai; et le pauvre Coz aussi; car il est également appelé devant le juge d'instruction.

 

 

 

 

 

 

 

Infos Site  |  Infos Légales  |  Crédits  |  Confidentialité
Contactez-nous  |  Ajouter aux favoris
© 2010-2021 La Comtesse De Ségur - Tous droits réservés