La Comtesse de Ségur

 
 
 
Les deux nigauds
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XX - SIMPLICIE AU SPECTACLE

Simplicie dormit longtemps encore après le départ de Mme de Roubier; En s'éveillant elle vit les livres que Claire et Marthe avaient pris soin de lui apporter, et comme elle s'ennuyait elle fut contente de pouvoir lire pendant qu'elle était seule. Prudence, qui était entrée dix fois pour voir si elle s'éveillait, ne tarda pas à entr'ouvrir la porte et à passer la tête.

— Vous voilà donc enfin réveillée. Mademoiselle: je me réjouissais de vous voir si bien dormir. Voilà votre visage dégonflé et reposé: ces demoiselles de Roubier sont venues vous voir avec Madame, mais vous dormiez; elles sont revenues après leur promenade, vous dormiez encore. Voulez-vous que j'aille leur dire que vous êtes éveillée?

SIMPLICIE. — Non, j'aime mieux les voir plus tard, demain, Mme de Roubier ne m'aime pas, je suis honteuse devant elle.

PRUDENCE. — Honteuse! Et pourquoi seriez-vous honteuse, Mam'selle? Ce n'est pas votre faute si votre tante vous a battue.

SIMPLICIE. — Oh! ce n'est pas pour cela! C'est parce qu'elle a dit des choses si désagréables de moi et que je vois bien qu'elle a raison.

PRUDENCE. — Faut pas croire cela, Mam'selle; on dit comme ça des choses qu'on ne pense pas. C'était pour expliquer comme quoi elle ne voulait pas être gênée pour les leçons de ces demoiselles.

SIMPLICIE. — Non, non, je te dis que je sens dans ma tête et dans mon coeur qu'elle a raison. Je vois à présent comme j'étais sotte de vouloir venir à Paris, comme c'était mal pour pauvre maman et pour papa, de bouder, de pleurer, de les tourmenter pour nous laisser aller à Paris. Innocent est cause de tout cela, mais je n'aurais pas dû l'écouter et j'aurais dû rester avec maman. Je voulais m'amuser. Je ne pensais pas à autre chose, et me voila bien punie; je n'ai jamais été si malheureuse que depuis que j'ai quitté maman. Le bon Dieu nous a envoyé une quantité de malheurs. Et puis ma tante qui est si méchante! Si j'avais su cela, je n'aurais jamais désiré venir à Paris. Je m'y ennuie à mourir; on y est toujours enfermé; on ne peut pas se promener et courir à son aise; les rues sont crottées et pleines de monde; on ne connaît personne. Je veux écrire demain à maman pour la prier de me laisser revenir à Gargilier. Veux-tu, Prudence?

 

 

 

 

 

 

 

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