La Comtesse de Ségur

 
 
 
Les deux nigauds
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Quand Boginski arriva, ni Prudence ni les enfants ne le reconnurent, tant il était changé, maigri et pâli. Il avait été fort malade; Mme Bonbeck avait été très bonne pour lui, mais elle était si agitée, si remuante, elle parlait tant, elle grondait tellement tout le monde que le médecin déclara que le malade mourrait si on ne lui donnait, du repos en l'envoyant à la campagne; c'était lui-même qui avait demandé aller chez M. Gargilier.

Au bout d'un mois, il fallut répondre à Mme Bonbeck, qui menaçait de venir elle-même chercher son Polonais. M. Gargilier fit venir Boginski et lui fit voir la lettre de sa soeur.

— Que dois-je lui répondre, mon ami? Désirez-vous nous quitter et retourner chez ma soeur?

BOGINSKI. — Monsieur, moi désire ne jamais vous quitter; moi suis très heureux ici. Chez Mme Bonbeck, c'est terrible; moi, j'ai été malade de tristesse et fatigue; si j'y retourne, serai encore malade; la vie est si terrible chez elle; toujours musique ou colère!

MONSIEUR GARGILIER. — Comme cela, mon ami, vous seriez bien aise de rester chez moi, près de mes enfants?

BOGINSKI. — Pas aise, mais heureux, heureux! Oh! Monsieur, si vous garder moi, pauvre Polonais, jamais je n'oublierai; serai toujours reconnaissant. J'apprendrai français bien; je parle déjà mieux; dans un an ce sera bien tout à fait.

MONSIEUR GARGILIER. — Alors, mon cher, c'est une affaire décidée. Vous me convenez beaucoup; vous êtes un brave garçon, dévoué, reconnaissant, sage et religieux. Je n'ai pas besoin d'un savant près de mon fils; vous en savez autant qu'il lui en faut, et je vous charge d'Innocent, que vous ne quitterez plus.

 

 

 

 

 

 

 

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