La Comtesse de Ségur

 
 
 
Les deux nigauds
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III - LE CHEMIN DE FER

— J'espère que nous serons plus agréablement en chemin de fer que dans cette vilaine diligence, dit Simplicie.

C'étaient les premières paroles qu'elle prononçait depuis leur départ; Mme Courtemiche et son chien l'avaient terrifiée ainsi qu'Innocent:

— Faites enregistrer votre bagage! cria un employé,

— Où faut-il aller? dit Prudence.

— Par ici, Madame, dans la salle des bagages.

— Prenez vos billets, dit un second employé. On n'enregistre pas les bagages sans billets.

Prudence ne savait auquel entendre, où aller, à qui s'adresser; Simplicie à sa droite, Innocent à sa gauche gênaient ses mouvements; elle demandait sa malle aux voyageurs, qui l'envoyaient promener, les uns en riant, les autres en jurant. Enfin, les Polonais lui vinrent obligeamment en aide: l'un se chargea des billets, l'autre du bagage. En quelques minutes tout fut en règle.

Prudence remerciait les Polonais, qui se rengorgeaient, ils la firent entrer dans la salle d'attente des troisièmes par habitude d'économie, ils avaient pris des troisièmes pour leurs trois protégés comme pour eux-mêmes.

— Comme on est mal ici! dit Innocent.

— Il n'y a que des blouses et des bonnets ronds, dit Simplicie.

— La blouse vous gêne donc, Mam'selle? s'écria un ouvrier à la face réjouie. La blouse n'est pourtant pas méchante... quand on ne l'agace pas.

— Est-ce que vous préféreriez le voisinage d'une crinoline qui vous écrase les genoux, qui vous serre les hanches, qui vous bat dans les jambes? ajouta une brave femme à bonnet rond, en regardant de travers Innocent et Simplicie.

 

 

 

 

 

 

 

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