La Comtesse de Ségur

 
 
 
Les deux nigauds
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— Voyons, Simplicie, finis tes pleurnicheries; c'est ennuyeux, à la fin. Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas aller passer l'hiver à Paris et que je n'irai pas.

SIMPLICIE. — Et c'est pour cela que je pleure. Croyez-vous que ce soit amusant pour moi, qui vais avoir douze ans, de passer l'hiver à la campagne dans la neige et dans la boue?

MADAME GARGILIER. — Est-ce que tu crois qu'à Paris il n'y a ni neige ni boue?

SIMPLICIE. — Non, certainement; ces demoiselles m'ont dit qu'on balayait les rues tous les jours.

MADAME GARGILIER. — Mais on a beau balayer, la neige tombe et la boue revient comme sur les grandes routes.

SIMPLICIE. — Çà m'est égal, je veux aller à Paris.

MADAME GARGILIER. — Ce n'est pas moi qui t'y mènerai, ma chère amie.

Simplicie recommence à verser des larmes amères; elle y ajoute de petits cris aigus qui impatientent sa mère et qui attirent son père occupé à lire dans la chambre à côté.

M. GARGILIER, avec impatience. — Eh bien! qu'y a-t-il donc? Simplicie pleure et crie?

MADAME GARGILIER. — Toujours sa même chanson: «Je yeux aller à Paris.

M. GARGILIER — Petite sotte, va! Tu fais comme ton frère dont je ne peux plus rien obtenir. Monsieur a dans la tête d'entrer dans une pension à Paris, et il ne travaille plus, il ne fait plus rien.

MADAME GARGILIER. — Il serait bien attrapé d'être en pension; mal nourri, mal couché, accablé de travail, rudoyé par les maîtres, tourmenté par les camarades, souffrant du froid l'hiver, de la chaleur l'été; ce serait une vie bien agréable pour Innocent, qui est paresseux, gourmand et indocile. Ah! le voilà qui arrive avec un visage long d'une aune.

 

 

 

 

 

 

 

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