La Comtesse de Ségur

 
 
 
Les deux nigauds
page 44

 

VI - PREMIÈRE PROMENADE DANS PARIS

La pension était située dans une des rues qui avoisinent le jardin du Luxembourg; ils mirent près de deux heures pour arriver parce que les enfants et Prudence s'arrêtaient avec admiration devant chaque boutique, et ne pouvaient se lasser de regarder les étalages. Leurs cris de joie faisaient retourner et rire les passants; la toilette bizarre de Simplicie, qui avait mis sa robe de velours de coton bleu, l'air nigaud d'Innocent, le bonnet de paysanne de Prudence et l'habit tapé du Polonais excitaient les moqueries et les quolibets.

— Drôles de corps! disait l'un. — Toilettes impayables! disait un autre. — Des échappés de Charenton! s'écriait un troisième. — Combien paye-t-on, pour les voir? — Ce sont des faiseurs de tours! — Belle famille à montrer à la foire! etc., disaient des gamins en éclatant de rire.

Simplicie et Innocent n'entendaient rien, ne s'apercevaient de rien: Prudence commençait à comprendre qu'on se moquait de quelqu'un; elle crut que c'était du Polonais. Cozrgbrlewski voyait bien que ses trois compagnons étaient ridicules; il n'osait rien dire; mais il voyait avec inquiétude quelques gamins s'obstiner à les suivre; d'autres gamins grossissaient leur cortège à mesure qu'ils avançaient. Ils arrivèrent ainsi jusqu'au Pont-Neuf. Les rires des gamins avaient fait place aux huées; Prudence et les enfants s'aperçurent enfin que c'était eux qu'on suivait, que c'était d'eux qu'on se moquait. Prudence s'arrêta tout court au milieu du pont, et se retournant vers son escorte:

 

 

 

 

 

 

 

Infos Site  |  Infos Légales  |  Crédits  |  Confidentialité
Contactez-nous  |  Ajouter aux favoris
© 2010-2018 La Comtesse De Ségur - Tous droits réservés